24 juin 2005

L'Italie laïque et catholique, première visite d'Etat de Benoît XVI

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ROME (AFP) - Le pape Benoît XVI effectue vendredi à Rome sa première sortie politique hors du Vatican pour une visite d'Etat au président italien Carlo Azeglio Ciampi, alors que la péninsule connaît une vive polémique sur la laïcité et le poids de l'Eglise catholique dans la société.

Benoît XVI, 78 ans, le pape théologien, et Carlo Ciampi, 84 ans, le sourcilleux gardien de la Constitution et de la laïcité de l'Etat italien, ami de l'ancien pape Jean Paul II, se sont déjà vus deux fois au Vatican depuis l'élection du nouveau pape, mais ces rencontres n'ont pas eu le caractère solennel que revêtira celle de vendredi au Quirinal, le siège de la présidence italienne.

Cette visite intervient trois jours après la sortie, parrainée par une frange conservatrice de la classe politique italienne, d'un recueil de textes de Benoît XVI sur l'Europe, écrits alors qu'il n'était encore que cardinal. Le futur pape y explique la crise de l'Europe par le développement d'une culture "qui, de façon inconnue jusqu'ici de l'humanité, exclut Dieu de la conscience publique".

Juste auparavant, les 12 et 13 juin, l'Italie a connu un épisode électoral qui a fait ressurgir le spectre d'une Eglise imposant ses choix à une société peut-être moins sécularisée qu'on pouvait le croire. Suivant une consigne d'abstention lancée par le chef de l'Eglise italienne, le cardinal Camillo Ruini, proche du pape, les électeurs italiens ont largement boudé un référendum d'initiative populaire visant à libéraliser la législation sur la procréation médicalement assistée par manipulation embryonnaire, et qui de ce fait n'a pas pu être validé faute de quorum.

Indifférence sur un sujet extrêmement technique ne concernant qu'une minorité de citoyens, ou obéissance à l'appel à l'abstention lancé par l'épiscopat italien, avec le soutien du pape, au nom de la défense du caractère sacré de l'embryon, les avis sont partagés. L'hebdomadaire de gauche L'Espresso a fait cependant remarquer avec amertume que les partisans du oui ont été "seulement la moitié de ceux qui remplissent les Eglises chaque dimanche en Italie".

Contrairement à plusieurs ministres du gouvernement de Silvio Berlusconi et à certains leaders politiques de la coalition d'opposition de centre-gauche, le président Ciampi est allé voter, et l'a fait savoir, sans révéler cependant le contenu de son bulletin. Après l'échec du référendum, le cardinal Ruini a salué la "maturité" des Italiens. Dans les rangs laïques, la crainte est que l'Eglise veuille s'attaquer maintenant à la loi sur l'avortement, malgré les assurances contraires du cardinal Ruini.

Dans son livre "L'Europe de Benoît dans la crise des cultures", préfacé par le président du Sénat Marcello Pera, le pape Ratzinger souligne que l'Eglise ne "se résignera jamais" à l'avortement, assimilé à un crime. Au nom d'une conception de la "morale naturelle" transcendant toutes les lois défendue par le pape, l'Eglise va aussi faire pression sur les hommes politiques pour qu'ils refusent toute légalisation des unions homosexuelles ou l'euthanasie, prédit l'Espresso.

Plus que dans tout autre pays d'Europe occidentale, la gestion de la laïcité en Italie, où la papauté exerce historiquement une forte influence, reste délicate. Le pays n'est devenu laïque qu'en 1984, avec la révision des accords de Latran signés en 1929 entre l'Etat mussolinien et le Vatican. L'Eglise catholique n'est plus "la seule religion de l'Etat" et Rome a perdu son "caractère sacré", même si les textes soulignent la "signification particulière pour les catholiques" de la ville éternelle.

Posté par LAICITE_CHERIE à 12:57 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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