13 juillet 2005

"Le débat sur la laïcité induit une lecture restrictive de la loi de 1905"

LE MONDE | 16.06.05 | 14h22

On a dit que l'épiscopat français avait accueilli fraîchement l'élection du cardinal Ratzinger sous le nom de Benoît XVI. Qu'en est-il ?

Lors des échanges qui se sont déroulés à Rome fin 2003, début 2004, au cours des visites ad limina, visites quinquennales des évêques français au Vatican, nous avons été très touchés par la façon dont Benoît XVI, alors cardinal Ratzinger, comprenait la situation de l'Eglise en France. Moi-même, j'ai eu l'occasion de l'approcher et de découvrir sa puissance d'analyse et de réflexion dans le cadre de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Nous avons donc accueilli le nouveau pape avec gratitude, conscients qu'il arrivait précédé d'une réputation caricaturale. Ses premières prises de parole ont balayé cette fausse image.

L'épiscopat espagnol lutte contre plusieurs réformes du gouvernement Zapatero. Quelle sera l'attitude des évêques français si la France autorise la recherche sur les cellules souches d'embryons ou le mariage pour les homosexuels ?

Quand nous prenons la parole sur des questions de société ­ le PACS ou l'union civile homosexuelle de Bègles en juin 2004 ­, nous souhaitons donner un éclairage sur ce qui est en jeu, en faisant valoir un point de vue qui peut rejoindre la conscience des croyants comme des non-croyants. Nous pensons que les valeurs que nous inspire notre foi - ­ l'égalité de l'homme et de la femme, le caractère structurant de l'altérité, la dignité de la personne humaine de la conception à la mort naturelle - ­ peuvent contribuer à la réflexion qui conduit au vote des lois, dont l'objectif doit rester le bien commun.

En Italie, les évêques ont appelé les catholiques à s'abstenir lors d'un référendum sur la bioéthique, avec l'appui de Benoît XVI.

Une telle situation est-elle envisageable en France ?

L'abstention soutenue par les évêques italiens et le pape s'est voulue une manifestation de la responsabilité politique des citoyens, au nom d'une vision de la personne humaine. Lors du vote sur le PACS, mon prédécesseur à la présidence de la Conférence des évêques, le cardinal Louis-Marie Billé, avait qualifié cette loi d'inutile et de dangereuse. Quand nous sentons que ce qui fonde nos sociétés est en cause, nous manifestons notre désaccord.

Comment l'Eglise catholique va-t-elle s'associer au centenaire de 1905 ?

Ce centenaire est l'occasion de faire le point sur un siècle de relations entre l'Eglise et l'Etat. Nous sommes passés du choc de 1905 et des affrontements de 1906 lors de la querelle des inventaires à des rapports plus sereins. Jean Paul II avait adressé le 11 février dernier une lettre aux évêques de France, dans laquelle il saluait cette évolution. Une déclaration adoptée par notre assemblée plénière, qui s'est tenue du 13 au 15 juin, va nous permettre d'exprimer notre conception de la laïcité. Elle est aussi l'occasion d'appeler les catholiques à poursuivre leur engagement dans la société.

Êtes-vous favorable à un toilettage de la loi de 1905, comme le suggère la Fédération protestante ?

Le paysage a changé depuis la promulgation de cette loi. Nous ne sous-estimons pas la portée des interrogations de la Fédération protestante relatives aux associations cultuelles. Mais des solutions peuvent être trouvées sans remettre en cause la loi de 1905. Celle-ci a fini par établir un juste équilibre des relations entre l'Etat et les religions. Elle a une dimension symbolique à laquelle les Français sont attachés. Nous n'en demandons pas le changement, même si on peut s'interroger sur le bien-fondé de l'interdiction des subventions aux cultes.

Le débat sur la laïcité a-t-il durci l'attitude de la société française à l'égard des religions ?

Il révèle une interrogation sous-jacente et essentielle sur le "vivre ensemble" , pour citer Paul Ricoeur. Quel est le socle commun sur lequel croyants et non-croyants peuvent s'entendre ? Le débat sur la laïcité a induit une lecture parfois très restrictive comparée à l'esprit d'ouverture qui a prévalu dans l'application de la loi de 1905. Nous n'acceptons pas que la dimension sociale des religions ne soit pas prise en compte, que l'appartenance religieuse soit reléguée dans le seul domaine des convictions individuelles.

Le Saint-Siège aurait l'intention de remettre en cause les accords entre la France et le Saint-Siège, selon lesquels le Vatican demande au gouvernement français s'il n'a rien contre la nomination d'un évêque ? Êtes-vous favorable à la suppression de cette disposition ?

Dans un contexte de séparation de l'Eglise et de l'Etat, on comprend que la question de la pertinence de cet accord puisse être posée. Je ne la crois pas d'actualité.

Posté par LAICITE_CHERIE à 09:51 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


Commentaires sur "Le débat sur la laïcité induit une lecture

Nouveau commentaire